L 'HORLOGE

L 'HORLOGE
...




Horloge ! dieu sinistre, effrayant , impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : <Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cour plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison,

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte , Maintenant dit : je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toute les langues.)
Les minutes, mortel folatre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens toi que le temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi,
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !) ,
Où tout dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! >





Charles Baudelaire





P'tit commentaire de Lily : Pour moi ce poème évoque le temps qui passe. Il nous montre qu'il faut profiter de la vie car, quoiqu'on fasse, le temps est le plus fort et il l'emportera toujours. Je trouve ce poème très "space", mais malgrès tout ; c'est l'un de mes préféré car il fait passer des émotions très fortes et que il concerne tout le monde...
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# Posté le mardi 24 avril 2007 05:30

ELOA

ELOA
...



Je suis celui qu'on aime et qu'on ne connait pas.
Sur l'homme j'ai fondé mon empire de flamme,
Dans les désirs du coeur, dans les rêves de l'âme,
Dans les désirs des corps, attraits mystérieux,
Dans les trésors du sang, dans les regards des yeux.
C'est moi qui fait parler l'épouse dans ses songes ;
La jeune fille heureuse apprend d'heureux mensonges ;
Je leur donne des nuits qui consolent des jours,
Je suis le Roi secret des secrètes amours.
J'unis les coeurs, je romps les chaînes rigoureuses,
Comme le papillon sur ses ailes poudreuses
Porte aux gazons émus des peuplades de fleurs,
Et leur fait des amours sans périls et sans pleurs.
J'ai pris au créateur sa faible créature ;
Nous avons, malgré lui, partagé la Nature :
Je le laisse, orgueilleux des bruits du jour vermeil,
Cacher des astres d'or sous l'éclat d'un Soleil ;
Moi, j'ai l'ombre muette, et je donne à la terre
La volupté des soirs et les biens du mystère.



Alfred de Vigny



Commentaire de Lana : Ce poème est le discours du Tentateur qui veut séduire la jeune Eloa, soeur des anges... Il traduit toutes sortes de choses mais ce qui est important à retenir dans ce poème, c'est qu'il n'y a pas de "bien" et de "mal", de "gentils" et de "méchants". Il faut de tout pour faire un monde. De bonheur et de chagrins, de mystère et de clareté, d'amour et de haine. Alfred de Vigny a su sensibiliser tous ces lecteurs. Alors, vivez en vous rappelant que tout n'est pas noir, mais pas tout blanc non plus...
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# Posté le mardi 24 avril 2007 05:43

Modifié le mardi 24 avril 2007 12:22

A Madame D. G. de G.

A Madame D. G. de G.



Jadis je vous disais : -- Vivez, régnez, Madame !
Le salon vous attend ! le succès vous réclame !
Le bal éblouissant pâlit quand vous partez !
Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez !
Vous avez la splendeur des astres et des roses !
Votre regard charmant, où je lis tant de choses,
Commente vos discours légers et gracieux.
Ce que dit votre bouche étincelle en vos yeux.
Il semble, quand parfois un chagrin vous alarme,
Qu'ils versent une perle et non pas une larme.
Même quand vous rêvez, vous souriez encor,
Vivez, fêtée et fière, ô belle aux cheveux d'or !
Maintenant vous voilà pâle, grave, muette,
Morte, et transfigurée, et je vous dis : -- Poëte !
Viens me chercher ! Archange ! être mystérieux !
Fais pour moi transparents et la terre et les cieux !
Révèle-moi, d'un mot de ta bouche profonde,
La grande énigme humaine et le secret du monde !
Confirme en mon esprit Descarte ou Spinosa !
Car tu sais le vrai nom de celui qui perça,
Pour que nous puissions voir sa lumière sans voiles,
Ces trous du noir plafond qu'on nomme les étoiles !
Car je te sens flotter sous mes rameaux penchants ;
Car ta lyre invisible a de sublimes chants !
Car mon sombre océan, où l'esquif s'aventure,
T'épouvante et te plaît ; car la sainte nature,
La nature éternelle, et les champs, et les bois,
Parlent de ta grande âme avec leur grande voix !

Victor Hugo





Commentaire de Lana
: Juste pour dire que c'est un très beau poème qui mérite bien sa place parmi ceux-là... Réunissant toutes les richesses d'une femme de l'époque, il traduit une sorte d'admiration et de nostalgie... Tout simplement ennivrant et magique...
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# Posté le mardi 24 avril 2007 15:47

Modifié le mardi 24 avril 2007 16:04